Les Cahiers de Martine

Les Cahiers de Martine

Le "savoir mourir"

 

C’est en tremblant que je pose ce titre, c’est avec crainte et respect envers tous ceux qui ont dû faire face à ce chemin sans autre issue que la fin.

C’est aussi avec amour et compassion que j’aborde ce thème au lendemain de l’avis du décès d’un être cher de mon entourage.

Aussi loin que je remonte dans mes souvenirs, la mort a été à mes yeux, un thème crucial et essentiel de la vie. Paradoxe de ma vision de la mort que l’on peut retrouver dans un petit conte écrit voilà plusieurs années au sujet de l’automne, intitulé La Petite Feuille qui ne voulait pas mourir.

Pourquoi l’aborder de front en ce matin d’hiver 2010, alors que tout le monde attend le printemps avec impatience – le retour à la vie – alors que dans le cœur de tout être humain seul le thème de la vie semble contenir l’essentiel de leur existence.

Pourquoi suis-je si souvent à contre-courant de la pensée qui m’entoure ? Ne me dites pas que c’est normal car en temps que chrétienne convaincue, croyante en la Bible, je suis automatiquement à contre-courant de ce qui « régit ce monde ». Non. Car je me sens tout aussi différente de mes frères et sœurs dans la foi que de mes contemporains non-croyants.

Pourquoi, si souvent, lorsque je partage ma foi pratique et basique en Dieu, j’ai le sentiment d’être perçue comme une extra-terrestre ? Est-ce pour en finir avec ce sentiment que j’ose ouvrir cette page sur mon ordinateur pour y déposer ce qui sommeille dans mon cœur et s’éveille à chaque fois que le thème de la souffrance, de la maladie et de la mort resurgit dans ma vie, face aux autres, face à moi-même et surtout face à la bible qui chaque jour me rappelle ma condition humaine face à un Dieu d’amour et d’espérance.

Savoir mourir devrait-il s’apprendre au même titre que le savoir-vivre ?

Apprendre à mourir pour soi-même – apprendre à aborder la mort avec acceptation sans fatalisme – apprendre à entourer ceux qui passent par cette vallée sombre dans la paix et l’espérance – apprendre à accepter que la mort fasse partie de la vie = est-ce une vertu disparue de notre civilisation ? Est-ce une capacité perdue à cause de notre apprentissage accru de la vie à tout prix ? Qu’est-ce qui fait peur dans la mort ? Comment l’appréhender, l’apprivoiser, la comprendre et l’accepter ?

Tout ce que je développerai sur ce sujet difficile ne se veut être ni une thèse, ni une affirmation, pas même une étude, simplement une réflexion personnelle parsemée de points d’interrogation que je serais heureuse de partager en dialogue suscité par ces lignes avec ouverture d’esprit, espérant déboucher sur un échange d’idées, de points de vue et d’avis de la part de ceux qui me liront.

__________

 

La réaction la plus fréquente que je ressens et rencontre chez mes semblables, face à l’annonce d’un décès s’exprime en trois lettres : n.o.n.

NON !Trois lettres exclamées qui traduisent le désarroi le plus profond, l’incrédulité, l’impossible, l’incroyable, l’inacceptable !

Non, ce n’est pas possible, ce n’est pas vrai, c’est une erreur … ce sont généralement nos réactions face à une mort soudaine, accidentelle, survenant alors que rien ne nous préparait à une telle éventualité, tels que l’âge ou la maladie.

Avant même de saisir la dimension de la souffrance, l’inacceptable surgit.

La mort signifie le vide, la fin, le froid, la séparation dans la plupart des cœurs humains. Tel un gouffre qui nous aspire dans une spirale infernale, la mort est ressentie comme la pire des choses qui puisse arriver à l’être humain, créé pour vivre, exister et aboutir… oui mais aboutir à quoi – si ce n’est à l’autre vie qui l’attend après ?

Peu de civilisations, de croyances ou de philosophies affirment qu’il n’y a rien après la mort. Et pour ce que j’ai pu en être témoin, même pour ceux qui sont persuadés que tout s’arrête après le dernier souffle, face à ce corps sans vie, aimé, choyé, étreint et déjà si loin, si absent, si froid et perdu pour toujours, le doute s’installe et la question inavouée se dessine : où est-il ? Généralement la conclusion est formulée: il est bien là où il est… envers et contre toutes négations de « l’après vie ».

 

Bien au-delà des croyances, une réalité biblique s’impose :

« la pensée de l’éternité est dans le cœur de tout être humain »

- sur qui pleure-t-on devant la mort ?

Soi-même ? L’absence ? L’inconnu ? Le vide ?

 

Chacun pourra répondre à ces questions en fonction de ses convictions spirituelles et pour ma part je ne peux y répondre que par les miennes. Toutefois, je me permets ici un regard sur d’autres croyances que la mienne, croisées en Afrique.

Le fait de pleurer sur la mort semble inné dans le cœur de tout homme. Selon son origine, les pleurs seront discrets ou criants, néanmoins ils sont là. Que les larmes coulent sur un visage silencieux ou que les cris des pleureuses « professionnelles » parlent pour les autres, pleurer devant la mort est la manifestation la plus universelle en dépit des us et coutumes. Ce qui diffère c’est l’atmosphère et les attitudes d’un coin du monde à un autre.

Dans l’Afrique animiste que j’ai côtoyée entre 19 et 30 ans, j’ai découvert une reconnaissance de la mort comme un fait indéniable et naturel. La mort fait partie de la vie en Afrique et trop souvent les occidentaux attribuent cet état de fait à la forte mortalité d’une population démunie dont l’espérance de vie ne dépasse pas 40 ans encore aujourd’hui dans certaines nations. Personnellement, même s’il est vrai que c’est une réalité à laquelle nos semblables africains sont quotidiennement confrontés, je pense que leur connaissance de la réalité de la mort, leur assurance qu’il y a une autre vie après la mort leur permettent d’aborder le sujet avec une acceptation naturelle. Pourtant leurs croyances ne leur procurent pas nécessairement de l’espérance d’une vie meilleure mais l’inconnu de l’au-delà ne les empêche pas d’admettre une vérité : tout être humain est candidat à la mort dès le jour de sa naissance ! La notion de révolte est donc absente de leur réaction face à la mort qui est naturelle par définition, excepté lorsqu’une mort aura été provoquée par un sort jeté par le sorcier, à la demande d’un ennemi connu, ce qui pourra appeler à la vengeance et provoquer un conflit parmi les vivants.

Mais leur acceptation est certainement ce qui les tient debout et leur permet même de faire la fête autour de l’être disparu.

Parmi les populations influencées par l’islam, le fatalisme vient s’ajouter à l’acceptation naturelle de la mort, sans toutefois apporter davantage de certitudes sur le devenir après la mort, le coran n’offrant aucune assurance de salut dans le monde à venir.

Ce que j’ai pu apprendre en Afrique, et ce dont je garde un souvenir exemplaire, c’est leur conscience de ne pas être des dieux, de ne pas maîtriser leur vie, d’être humbles face à la mort et la complète assurance qu’il existe un Dieu de l’univers qui gère le nombre de leurs jours. Cette attitude de cœur leur procure dignité et sérénité dans la souffrance, ils restent silencieux dans la douleur sans chercher à tout comprendre pourquoi ni expliquer comment ni même s’offusquer de « pourquoi lui ».

Ont-ils moins mal que nous les occidentaux ? Certainement pas. La mort d’un parent est aussi dramatique comme celle d’un enfant mort-né. Un vieux est regretté à cause de l’absence de ses conseils, comme le jeune sera pleuré à cause de ce qu’il n’aura pas eu le temps d’être… Leur acceptation ne veut pas dire qu’ils ne souffrent pas de la perte d’un être cher et les pleureuses sont précisément là pour exprimer l’inexprimable sans autre discours.

Tandis que nous…

- semblons nous perdre en explications

- voudrions être sûrs que c’était son heure

- incriminons des responsables de la mort

  (la médecine, la route, le malheur et Dieu lui-même)

 

En Afrique j’ai vu des enfants assister en direct à la mort de leur mère en couche. Leurs cris sont les mêmes que ceux de leurs semblables en occident. Mais ils sont là. Ils vivent dans la réalité dont leurs parents ne cherchent pas à les protéger.

Tandis que nous…

- leur cachons la laideur de la mort

- hésitons à les voir assister aux obsèques

- leur racontons une petite histoire pour les consoler

  et refusons parfois de parler de l’être disparu.

 

Avons-nous raison ? Nos troubles et difficultés de faire face à la mort ne viendraient-ils pas précisément de notre éducation épurée prétendument protectrice contre la douleur de la vie qui se termine toujours par la mort ?

Le temps serait-il venu de changer d’attitude en premier lieu envers les enfants et de leur permettre d’en découvrir la réalité afin de les aider à arriver à cette connaissance et leur procurer l’apprentissage du savoir-mourir comme celui du savoir-vivre ?

Pour les non chrétiens, incroyants en ce Dieu qui créa Adam et Eve dans le but de les avoir auprès de Lui pour l’éternité, je peux comprendre que ma proposition choque.

C’est à ce stade que j’aimerais poursuivre mes réflexions à partir d’un point de vue chrétien, puisque je ne peux m’exprimer au nom des autres croyances ou de l’athéisme.

Chrétiens ! Pouvons-nous reconsidérer un instant pour quelle raison nous avons été créés ? Nous souvenons-nous quelle est notre destination finale ?

Lorsque nous prions avec foi pour un malade – quelque soit son âge – je reste persuadée que c’est la volonté de Dieu de guérir tous les malades. Mais d’aussi loin que je regarde en arrière et jusqu’au retour de Jésus-Christ, la vie et la bible m’enseigne que la souffrance et la maladie ne disparaîtront pas de la surface de la terre.

Je continuerai donc à prier avec foi pour tous les malades. Du plus petit enfant à son arrière-grand-père, qui suis-je pour penser que sa mort surviendrait trop tôt ou à la bonne heure ? Quel bonheur de ne pas être ce juge de touche qui décide si le coup porté à sa vie est validé ou pas ! A moi, il n’est demandé que de prier avec foi ! Et je m’en suffis amplement.

Alors, que veut dire « prier avec foi » ?

Pour moi – et toujours basée sur mes lectures bibliques – c’est dire à Dieu que son intervention est la seule solution et lui faire confiance pour la guérison demandée.

Lui faire confiance, c’est croire avec certitude que Lui seul connaît le nombre de jours à vivre de la personne pour qui je prie et que Lui seul a le dernier mot sur la vie de celui qui s’attend à Lui.

Et quand cette personne meure, que devient ma foi en Dieu ? A-t-il raté une occasion de se glorifier par une guérison ? A-t-il été incapable d’opérer un miracle ?

Vais-je me perdre en questions pour savoir si un péché du malade a empêché Dieu de le guérir ? Vais-je m’effondrer en rejetant Dieu, prétendant qu’Il n’a pas manifesté son amour envers le malade ? Vais-je lui reprocher de l’avoir rappelé à Lui plus vite que je ne le lui ai demandé dans ma prière ?

Qui suis-je – que serais-je, moi – pour demander des comptes à Dieu après la mort d’une personne pour laquelle j’ai prié en accord avec Sa Parole ?

S’il m’est arrivé de lui poser de telles questions, j’ai appris à reconnaître non seulement sa souveraineté si souvent évoquée dans ces situations, mais à reconnaître surtout que cette personne désormais en la présence de Son Dieu a reçu la meilleure part, est arrivée à destination et vit enfin l’aboutissement du pourquoi il était en vie – à savoir : rejoindre son Créateur, libéré de son enveloppe physique pour entrer dans sa destinée céleste à laquelle nous sommes tous appelés.

J’avoue avoir été parfois envieuse devant le cercueil d’êtres chers disparus, réalisant qu’il ou elle avait terminé sa course, dans la foi et dont les œuvres visibles sur terre m’ont donné la consolation de les savoir arrivés au terme de leur voyage terrestre. Non pas que j’aie souhaité mourir, mais réalisant – sous l’onction du Saint-Esprit devant cette réalité, que c’est réellement une joie que de savoir un être cher arrivé au but de sa course !

Ce sentiment n’est pas humain. Il ne peut relever que de la grâce de la consolation de Dieu dans nos cœurs, face à la mort qui perd alors de sa froideur, de sa dureté, de sa sévérité et de l’inacceptable vide provoqué par un départ que nous jugeons anticipé par rapport au nombre de jours que nous aurions escompté vivre auprès de celui qui nous quitte.

Cette réalité spirituelle n’enlève pas pour autant la tristesse de l’absence, mais sous l’action du Saint-Esprit, il nous devient alors possible de réaliser à quoi nous sommes tous appelés à vivre, à franchir : le pas vers cet autre avenir, au-delà des limites terrestres, promus pour l’éternité !

 

Est-ce que mes propos sont choquants ? Est-ce que je cherche à  relativiser ainsi la souffrance que cause la mort ?

De loin pas. Il n’est pas question de relativiser, pas plus que minimiser la peine et le chagrin que nous vivons face à l’heure de la séparation.

Mais est-ce trop spirituel que de vouloir me rappeler ce pour quoi j’ai été créée ? N’est-ce pas tout simplement le fruit de la foi dans ma vie pratique ? N’est-ce pas tout simplement l’assurance de l’espérance en ce Dieu d’amour qui m’a offert un moyen de le rejoindre après mon temps à vivre ici-bas ? N’est-ce pas le but et la base de l’Evangile annoncé depuis 2010 ans ? N’est-ce pas la raison d’être de l’Eglise de Jésus-Christ à travers le monde ? N’est-ce pas l’explication du pourquoi des milliers de chrétiens sont persécutés dans le monde à cause de cette foi-là, cette assurance-là, cette raison de vivre-là ? N’est-ce pas là le message transmis depuis la première église arrivé jusqu’à nous quelques soient notre éducation, notre vision du monde, notre conditionnement environnemental et nos convictions ?

Martine Bouchaut – février 2010



20/09/2015
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