Les Cahiers de Martine

Les Cahiers de Martine

Que vais-je faire au culte chaque dimanche matin ?

Qu'êtes-vous allés voir ?

 

Matthieu 11 : 7 – à 24

Voilà plusieurs mois que j’avais été interpellée par « qui était Jean-Baptiste », sa personnalité, ses dons, dont la discrétion et la mise à l’écart n’ont pas de pareille chez aucun autre personnage biblique pas plus que dans notre histoire contemporaine. Il semble avoir été réellement unique.

J’avais remis à plus tard cette étude.

 

Mais un matin de septembre j’ai repris la lecture de Matthieu 11, délaissée la veille alors que je ne parvenais pas à « reprendre » le courant de ma lecture journalière. Mon esprit était lourd, chargé par des fardeaux portés pour l’église en général mais pour ma paroisse en particulier.

Je lisais, mais sans lire, et au moment de refermer ma bible une phrase m’avait « harponnée » :

« Qu’est-ce que vous êtes allés voir ? » du v. 9

Alors j’ai repris ce chapitre 11… et redécouvert cette question répétée à 3 reprises par Jésus, avec des nuances à peine marquées (v. 7 à 9).

Et cette question a commencé à résonner dans mon esprit et comme cela ne me quittait pas, je l’ai partagée avec quelques personnes qui ont souhaité que je le partage plus largement, comme cet après-midi de novembre 2012.

 

Et depuis, les réflexions suscitées par cette méditation biblique ne me quittent plus ! Ce ne sont pas des réflexions faciles. J’ai dû prier plusieurs fois pour arriver devant vous, cet après-midi. J’ai remis en questions le bien-fondé de vous partager l’écho qui a retentit dans mon cœur…

 

Je ne souhaite en aucun cas vous donner une leçon, ni vous attrister par un texte relativement dur. Mais pour la plupart d’entre vous, vous me connaissez – vous savez que suis la plus petite, la plus fragile, la plus faible d’entre vous, mais je suis surtout une passionnée de la Parole de Dieu qui m'a restaurée et rendu la dignité de Fille du Roi des rois.

 

Dans la Bible, je découvre toujours ce qui construit ma vie et jamais elle ne se contredit.

 

Quand elle parle une fois, elle se confirme sous d’autres formes, en d’autres occasions et prend ainsi place et forme concrètement dans nos vies.

 

Pour illustrer cette action permanente de la Parole de Dieu lorsque nous lui permettons de nous parler, je voudrais remonter un peu dans le temps pour témoigner d’un processus qui a commencé ce printemps dans mon cœur et vous comprendrez alors dans quel terrain labouré ce texte de Matthieu 11 est tombé.

 

Lors du culte qui a clôturé « l’école de la foi » avec Bengt, j’ai été fortement chamboulée dans ma manière de voir et de penser. Et oui, on croit avoir cheminé et être arrivés à une certaine stature adulte et pourtant, on en apprend encore et toujours pour se rendre compte qu’il reste encore bien à faire !

 

Je ne sais pas si vous vous souvenez de ce que vous avez vécu lors de cette école qui je le sais a été bénissante pour plusieurs d’entre vous et pour ma part c’est à la fin du culte, durant les dernières minutes de son message que Dieu s’est « imposé » à mon esprit pour que j’entende ce que son Esprit voulait me faire comprendre. Cela n’avait pratiquement rien à voir avec le contenu de son enseignement, mais cela s’est passé tandis qu’il nous invitait à passer à l’acte, à entrer dans ce que Dieu avait prévu pour notre paroisse.

 

C’est alors que – j’ai commencé à « voir différemment» des situations précises et relativement lourdes à porter. J’ai reçu un « ordre de marche » impératif… que j'ai reçu 5/5 et sur lequel je ne m'étendrai pas ici.

Soudainement mon cœur s’est gonflé de consolation et d’espérance. Et j’ai commencé à regarder ceux qui étaient autour de moi, j’ai regardé des personnes très précises de la salle avec les yeux du Seigneur et je les ai aimées d’une façon dont je n’avais pas idée être capable de les aimer.

 

Non pas qu’il s’agissait de personnes que je n’aimais pas, au contraire, pour beaucoup elles étaient déjà des amies. Mais toute la mesure de mon « jugement sur eux », de mon regard a changé d’orientation.

Vous savez ce regard qui nous fait « étalonner » le contenu d’un récipient dont on essaie d’évaluer le poids ou la contenance. Je m’explique :

 

- Vous avez un tonneau opaque et vous devez évaluer la quantité de liquide qui y reste… soit vous soulevez le récipient pour le "sous-peser", soit vous l’étalonnez en y inscrivant les quantités intermédiaires entre le plein et le vide… j’ai dû apprendre à faire ça lorsque nous fabriquions des punchs antillais contenus dans des tonneaux de 50 litres.

Ce n’est pas facile et on se trompe bien souvent quand on l’évalue « à vue d’œil »…

 

-          Certaines personnes ont une capacité naturelle de « jauger », car ils ont vraiment « l’œil »…

-          Pour ce qui me concerne, jauger un récipient ou la citerne de mazout, ce n’est pas mon fort.

-          Mais en ce qui concerne l’évaluation d’une personne plus ou moins sensible ou dure, ouverte ou fermée, réceptive ou récalcitrante, heureuse ou triste j’ai une certaine capacité à le faire avec un succès relativement certain… il semble que j’aie « un bon œil ».  

Une question se pose alors : oui mais : avec quel œil ?

-          Certainement pas toujours avec l’œil du Seigneur…

-        Et ce dimanche matin-là, j’ai véritablement entendu et ressenti  le cœur de Dieu attristé lorsque je jugeais une personne « plus ou moins bien », plus ou moins extravertie on "posée", plus ou moins ouverte ou fermée, plus ou moins sensible à la prédication ou à ce qui se déroulait dans les réunions.

De cela résultait parfois de la joie de "voir" une personne touchée et de la tristesse de la "sentir fermée"... Avec le recul j'en suis vraiment pas fière !

 

Je m’en suis trouvée instantanément reprise et honteuse de ce que je m’étais permise d’évaluer des personnes dont l’intimité avec leur Dieu ne me regardait pas, leur façon de chanter, d’écouter ou de prier était une affaire entre Dieu et eux et que je devais changer mon comportement, y compris envers les personnes où mes préjugés pouvaient être considérés comme « exacts ».

-          Comme si Jésus me parlait, là devant moi en chair et en os : te rends-tu compte de ce que tu fais, tu « décides » que la manière d’être ce ces gens est plus ou moins spirituelle, qu’ils sont plus ou moins adorateurs – plus ou moins attentifs ?

 

Et je me suis sincèrement repentie et engagée de ne plus jamais « mesurer » l’état dans lequel se trouve qui que ce soit durant un culte ou une réunion. N’avais-je pas assez à faire avec moi-même ?

 

-          A partir de ce dimanche matin, je n’ai plus regardé de la même façon ce qui m’entoure et refusé tout commentaire du genre « t’as entendu le message, j’espère qu’un tel a bien écouté »…. Etc…

Et c’est dans cet arrière-plan que le printemps a fait place à l’été et qu’en septembre j’ai été confirmée dans cette attente de Jésus qui m'exhorte à me poser cette question chaque dimanche : « que vais-je voir au culte ? ».

 

Jean-Baptiste, cette voix qui crie dans le désert m’invite encore une fois à me positionner non seulement par rapport à Jésus, mais sur mes motivations d’aujourd’hui et sur ma façon de considérer le Royaume de Dieu… oui Il est venu jusqu’à nous, nous en avons entendu parler, nous en avons vu certains fruits et nous en avons goûté la présence – imparfaitement certes – mais son impact a été réel sur nos vies.

 

Aujourd’hui, j’ai envie de poser encore cette question pour moi-même et avec vous, pour le corps de Christ en général, mais pour mon église en particulier.

 

Quand j’entends les murmures, les déceptions, les prétextes et les récriminations de personnes que j’aime et qui partagent avec moi le temps de célébration dans notre église, j’ai envie de leur demander :

« Qu’êtes-vous allés voir ?...»

Non plus dans le désert, mais ici, vous et moi, nous tous dans notre église, à l’heure du culte ?

Que sommes-nous venus voir ?

Un homme, un groupe de louange, des amis, une communauté ?

 

Pour les gens de l’époque de Jean-Baptiste, ils sont allés voir un personnage très différent de ceux qu’ils côtoyaient habituellement en particulier dans leur contexte religieux où les prêtres, sacrificateurs, docteurs de la Loi avaient une tenue vestimentaire bien distinguée. Un « paraître bien comme il faut », avec des actes et des gestes bien ordonnés selon un rituel bien établi selon la loi et la tradition…

 

On peut imaginer que lorsque les gens partaient dans ce désert, ils allaient d’abord « voir », avant d’entendre. Ils étaient nombreux à s’y rendre, et pour plusieurs, pas tant motivés par la soif d’entendre l’annonce du Royaume de Dieu, que par la curiosité.

 

Si cela devait avoir lieu en notre temps où nos rituels ont fait place à une certaine liberté dans le style vestimentaire, dans la manière de vivre et même d’annoncer la Parole de Dieu, qu’en serait-il si un prédicateur arrivait « vêtu de peaux, mangeant des insectes et parlant de façon totalement décalée » par rapport à notre doctrine évangélique ?

 

Je n'ose même pas imaginer de quelle manière certains d’entre nous (moi en tête) prendraient leurs jambes à leur cou pour partir à l’opposé de « ce désert-là », tandis que d’autres s’y rendraient avec la langue bien pendue et déterminée à faire un rapport salé sur la dangerosité d’un tel personnage.

 

Aujourd’hui nous ne sommes pas confrontés à cet immense défi que Jean-Baptiste a représenté pour les premiers disciples de Jésus.

 

Tout a été préparé par une équipe pastorale « bien comme il faut » - on ne risque pas de voir arrivé sur l’estrade un homme vêtus de peaux de bête…

 

Les cultes ont été cuisinés pour nous, prédigérés même, pour que nous n’ayons plus qu’à

-        nous installer sur nos chaises (que nous regardons d’un mauvais œil car pas à notre goût),

-        participer à la louange (parfois jugée trop ringarde par les uns et trop bruyante pour les autres).

-        suivre un processus normal dans le culte où tout est malgré tout parfaitement « réglo » et malgré les petits couacs techniques, malgré certains styles plus ou moins appréciés, nous sommes :

-         libres d’écouter les prédications (ou les critiquer)

-         libres de nous laisser interpeller (si le cœur nous en dit).

 

Plus rien ne nous bouscule. Plus de quoi être chamboulés dans nos habitudes.

Même plus forcés de suivre des règles pénibles. Liberté et libre-choix garantis à 100%.

 

Mais qu’allons-nous y voir dans nos cultes ?

-          des intervenants bien comme il faut… ?

-          ce qui nous plaît le mieux,

-          ce qui nous semble correct,

-          ce qui nous permettra de vivre une semaine renouvelée et bénie,

-          ce qui nous boosterait un p’tit coup pour repartir d’un bon pas le lundi matin ?

 

A chacun sa réponse…

 

En relisant tout le chapitre 11, on ne distingue pas vraiment de réponse claire de Jésus. Mais le verset 10 nous laisse entrevoir son désir de nous amener à reconnaître son messager, celui qui annonce la bonne nouvelle du royaume, l’envoyé de Dieu qui prépare le Chemin du salut dans la vie de ceux qui l’écoutent.

Même lorsque son messager a un aspect différent de celui qu’on imaginerait. Son apparence, son style, son habillement, son âge, son origine, sa personnalité, son accent, tout cela est secondaire, la seule chose qui compte c’est qu’il proclame le message du Royaume et nous conduise vers Celui que nous devons suivre comme le seul guide, recevoir comme le seul Sauveur et adorer comme le seul Seigneur.

 

Et Jésus a vu les foules qui allaient « voir Jean ». Parmi eux se trouvaient ceux qui recevaient son message sans tenir compte de son accoutrement, sans juger sa façon de vivre et ceux-là se repentaient et se faisait baptiser. Mais Jésus a vu également ceux qui suivaient de loin juste « pour voir » et remarquer les bizarreries de ce prédicateur…

 

Jésus s’adresse à cette même foule qui le suit maintenant, tandis que Jean-Baptiste était dans sa prison, car il sait qu’il en est de même avec lui, comme cela a été avec tous les messagers de l’ancienne alliance, les uns se laissent toucher et les autres ne font que regarder, critiquer, juger pour finalement rejeter le Message.

 

Aujourd’hui encore :

-          Jésus veut nous faire prendre conscience de notre folie lorsqu’on juge quelqu’un à son apparence ou à sa manière de vivre. Si Jean et Jésus ont été tellement mal « ressentis » par leurs contemporains, on ne s’étonnera pas de voir de quelle manière nous « ressentons et jugeons » nos serviteurs de Dieu. Nous attendons de chacun d’eux d’être et de faire à notre manière, d’exercer leurs ministères selon nos attentes et s’ils n’y parviennent pas on se déclare déçus, désillusionnés, insatisfaits et mécontents.

-          Jésus veut nous rappeler qu’après avoir connu la grâce de Dieu et vu de quoi Il est capable d’accomplir dans nos vies et sur terre, si nous ne changeons pas de comportement, si nous ne revoyons pas notre façon de juger les autres, nous serons aussi condamnables que les habitants de Sodome…

-          Jésus veut nous faire connaître Le Père, et nous rappeler que son but suprême est le salut de tous ceux qui voudront bien apprendre à connaître son Père.

-          Jésus veut nous rappeler notre responsabilité individuelle : porter notre charge ! Autrement dit :

.  cessons de « décharger nos fardeaux » sur le dos des autres

.  cessons de regarder la paille qui est dans l’œil de nos frères et occupons-nous de la poutre qui nous aveugle

.  cessons de gémir contre ceux qui œuvrent parce qu’ils ne le font pas comme nous voudrions

. cessons de nous rendre au culte avec un esprit d’analyse, de regards critiques que l’on prétendra n’être que des constatations

.  abandonnons nos a priori contre une équipe de louange ou un style de message, car nous attristons le Saint-Esprit, et fermons nos cœurs à l’action de la Parole de Dieu qui peut être annoncée autrement que selon notre feeling personnel

.  commençons à prendre nous aussi la charge que Jésus nous demande d’assumer

.  demandons-lui quelle est notre part si nous ne l’avons pas encore trouvée et contentons-nous peut-être de la plus humble, avant de vouloir être poussés sur le devant de la scène

.  débarrassons-nous de tout esprit religieux

.  acceptons de ne pas être tous « polycopiés » sur un seul modèle à notre convenance

.  acceptons que nos voisins soient différents dans leur manière de prier, de louer, de chanter, d’être et de penser

.  soyons disciples de Jésus-Christ

 

Chaque dimanche matin, posons-nous honnêtement la question et décidons fermement de ce que nous voulons faire de ce temps de célébration et d’adoration : que vais-je aller voir ce matin au culte ?

 

 

13 novembre 2012

 



24/10/2015
0 Poster un commentaire

A découvrir aussi


Inscrivez-vous au blog

Soyez prévenu par email des prochaines mises à jour

Rejoignez les 25 autres membres